Le Canada en arrive finalement à une conversation sérieuse à propos des aliments à prix abordable. Il était plus que temps mais enfin, nous y voilà. Par contre, si nous en restons là, nous raterons le plus grand défi auquel le pays est confronté.
Nous demandons à notre système alimentaire de tout faire à la fois. Nous le voulons abordable, durable, résilient, enraciné chez nous, intégré mondialement, fortement règlementé et sans risque. Nous exigeons vitesse et prudence, souplesse et certitude, innovation et stabilité, souvent combinées dans un même système, sans toutefois comprendre les compromis impliqués.
Mais ce n’est pas de cette façon que les systèmes complexes conservent leur force.
Le secteur canadien des produits alimentaires, de santé et de consommation fonctionne à l’intersection du commerce mondial, de la règlementation domestique, des pressions climatiques, des contraintes de main-d’œuvre et des attentes des consommateurs. Il gère des chaines d’approvisionnement de produits périssables aux marges de manœuvre si minces qu’elles pardonnent difficilement l’erreur. Dans un tel contexte, aucune décision politique ne peut enrayer à elle seule le système; le risque réel provient de leur accumulation.
Au fil des ans, nous avons empilé l’un après l’autre des exigences et des objectifs politiques en nous retournant rarement pour évaluer leur interaction ou leur poids combiné. Il est plus facile d’introduire de nouvelles règles que d’uniformiser, moderniser ou abroger les anciennes. La responsabilité se divise de ministère en ministère, même si l’impact se fait toujours sentir au même endroit, soit d’abord sur les chaines d’approvisionnement et en bout de ligne, sur les familles canadiennes.
Cet argument ne va pas à l’encontre du développement durable, de la protection des consommateurs ou de la confiance du public. Ces objectifs sont d’une immense importance. Mais leurs implications économiques sont réelles. Prétendre le contraire ne rend le système ni plus sécuritaire, ni plus équitable. Il devient tout simplement plus fragile.
Un système alimentaire résilient doit tenter d’éliminer tous les risques. Il doit prendre des décisions éclairées à propos des risques à gérer et des compromis à accepter. La résilience découle de la clarté et de la coordination, jamais de l’accumulation sans fin.
Une approche plus murie face à la politique alimentaire débute en la considérant comme une infrastructure économique. Il faut voir les nouvelles règles sous l’angle de la compétitivité et coordonner les décisions entre les divers gouvernements, tout en étant transparent à propos des impacts des choix politiques sur les prix, l’investissement et la résilience du système.
La politique alimentaire n’est désormais plus un simple exercice technique. Elle est une politique économique et une politique de la confiance.
Si le Canada souhaite un système alimentaire qui tienne le coup même dans les moments de tourmente, quand les conditions ne sont pas idéales, il doit oublier de rêver de tout avoir en même temps. Le véritable choix consiste à gérer consciencieusement les compromis dès maintenant, ou attendre que la pression ne force nos décisions plus tard.
Cette lettre ouverte a été publiée à l’origine sur LinkedIn.