Au cours des derniers jours, on a beaucoup discuté des changements dans l’environnement mondial et de leur signification pour des pays comme le Canada.
Au Forum économique mondial de Davos, le Premier ministre Mark Carney a parlé avec candeur d’un monde où la concurrence géopolitique s’exprime de plus en plus par les outils économiques. Les tarifs, chaines d’approvisionnement, normes, infrastructures financières et accès aux marchés ne sont désormais plus neutres. Avec l’affaiblissement des règles et institutions mondiales, les pays réévaluent leur vulnérabilité face à des systèmes dont ils ne peuvent se permettre de perdre le contrôle.
Ce cadre prend toute son importance pour le secteur des produits alimentaires, de santé et de consommation du Canada.
Ces industries ne sont pas des concepts abstraits. Ce sont les systèmes sur lesquels les Canadiens comptent chaque jour, souvent sans même y penser, jusqu’à ce qu’ils s’enrayent. La capacité de production domestique, les cadres règlementaires de confiance, les chaines d’approvisionnement résilientes et la confiance du public sont des éléments essentiels pour des prix abordables, la santé publique et la stabilité économique.
Le Premier ministre signalait que de nombreux pays en viennent à la même conclusion. Ils doivent se doter d’une plus grande autonomie stratégique dans des domaines comme l’énergie, l’alimentation et les chaines d’approvisionnement. Bien que la santé n’ait pas été évoquée explicitement, elle est clairement impliquée elle aussi. Quand un pays ne peut fournir de façon fiable des produits essentiels comme des médicaments, des produits de santé et des produits de consommation règlementés, ses options sont limitées quand un choc survient.
Au même moment, il ne convient pas de se replier sur soi-même ou de reconstruire d’anciennes formes de protectionnisme. La nostalgie n’est pas une stratégie. Les choses ne reviendront tout simplement plus comme avant et prétendre le contraire expose à de grands risques. Le défi, pour les puissances de taille moyenne comme le Canada, consiste à développer une puissance à l’interne tout en continuant à participer de façon pratique et coopérative avec des partenaires extérieurs qui partagent des valeurs communes.
Pour notre secteur, cette réalité façonne déjà nos décisions.
La capacité domestique compte pour beaucoup. La compétitivité est synonyme de résilience. De même, la confiance et les prix abordables sont de plus en plus inséparables. Dans un environnement mondial volatile, les capitaux se tournent vers les juridictions qui offrent des politiques cohérentes, une règlementation prévisible et un engagement crédible envers la capacité domestique à long terme.
La puissance domestique est bien plus qu’un objectif politique. C’est un signal donné aux investisseurs, aux innovateurs et aux partenaires commerciaux qui cherchent où il est possible de construire des systèmes durables et fiables.
Au fur et à mesure que le contexte mondial évolue, la capacité du Canada de s’afficher comme fournisseur stable, de confiance et abordable de produits essentiels dépendra de la volonté de traiter la fabrication de produits alimentaires, de santé et de consommation pour ce qu’elle est : un ensemble de systèmes critiques qui exige des cadres politiques modernes et conformes capables de fonctionner efficacement.
Cette lettre ouverte a été publiée à l’origine sur LinkedIn.