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Pourquoi le système canadien d'épicerie  ne profite pas aux Canadiens

Pourquoi le système canadien d'épicerie ne profite pas aux Canadiens

Author: Michael Graydon/9 février 2026/Categories: Lettres ouvertes

Pour la plupart des Canadiens, le système d'épicerie s'évalue à la caisse. Les prix abordables sont le test définitif de son bon fonctionnement. De cet angle, plus d'un Canadien constate son échec.

Moins visible toutefois est l'absence de souci des besoins des Canadiens. La structure même de ce système n'offre plus de façon fiable les prix abordables et la stabilité auxquelles les Canadiens s'attendent.

Depuis des décennies, le système canadien d'épicerie fonctionnait généralement bien. Il déplaçait les denrées efficacement sur de vastes distances, soutenait les fournisseurs domestiques et offrait un accès stable et à prix compétitif en dépit des coûts de logistique à la hausse et d'une population relativement restreinte. Les prix abordables n'étaient pas simplement l'affaire des spéciaux de la semaine. Le système pouvait absorber les chocs, soutenir l'investissement et se renouveler.

Mais la situation a mal tourné.

Au fil du temps, le regroupement des détaillants, les interruptions mondiales et l'accumulation de choix politiques ont redéfini comment la valeur, le risque et la pression se répartissent sur la chaine d'approvisionnement. Le marché canadien de l'épicerie est désormais l'un des plus concentrés de tout le monde industrialisé. Les cinq plus importants détaillants représentent plus de 80 pour cent des ventes d'épicerie et les deux plus grands, plus de la moitié. Ce sont les choix politiques qui ont permis cette situation qui dicte maintenant le fonctionnement du système.

Dans cet environnement fortement concentré et à faible marge, la pression est loin de disparaître. Elle se déplace.

Les détaillants en épicerie canadiens fonctionnent avec de faibles marges et d'importants coûts fixes. Main-d'œuvre, loyer, transport, énergie et conformité laissent peu de place à l'absorption des hausses de coûts à l'interne. Quand la pression des coûts augmente, celle-ci est de plus en plus souvent gérée par des mécanismes qui la poussent en amont vers les fournisseurs, que ce soit par des exigences commerciales, une planification à plus court terme, des retards de paiement, des frais d'inscription accrus ou un plus grand risque de radiation. 

Ces décisions peuvent être jugées rationnelles du point de vue de la firme. Elles protègent la stabilité des coûts et améliorent la valeur pour les actionnaires dans cet environnement où les marges sont minimes. Mais lorsque la pression est constamment transmise plutôt que partagée, avec le temps, c'est l'ensemble du système qui peine à livrer des prix abordables.

Pour plusieurs manufacturiers, le coût des biens vendus a augmenté subitement au cours des dernières années et ne s'est pas rétabli entièrement. Les coûts fixes d'exploitation, les exigences de conformité, les pressions financières et les primes de risque demeurent élevés. En même temps, les opérations canadiennes des manufacturiers nord-américains et mondiaux sont, règle générale, moins profitables qu'aux États-Unis, en raison de l'échelle réduite, des coûts de logistique plus élevés, tout comme le coût du service dans un environnement de vente au détail fortement concentré.

Cette dynamique modifie les comportements. Quand le rendement diminue et que le risque augmente, les décisions d'investissement ne sont plus les mêmes. Les gammes de produits fondent. Les petites et moyennes firmes ont peine à grandir. Le capital fuit de plus en plus vers l'étranger, non pas par faute de demande, mais parce que d'autres marchés sont plus prévisibles et plus rentables.

Les PME manufacturières ressentent ces pressions encore plus fortement. Contrairement aux multinationales, les PME ont un bilan limité et une plus faible capacité d'absorber les exigences commerciales subites, les déductions de facture, les retards de paiement ou les modifications aux conditions d'inscription. Elle n'ont pas non plus l'envergure ni les ressources internes pour contester les frais ou financer les demandes imprévisibles de coût du service. Quand la pression s'intensifie dans un environnement de vente au détail aussi concentré, l'impact sur les PME n'est pas graduel. Il est immédiat. Les liquidités se resserrent, l'innovation ralentit et la capacité de croissance se trouve jugulée. Au fil du temps, ça signifie moins de marques canadiennes, moins de produits différents sur les étagères et moins d'aspirants crédibles en mesure d'émerger ou de se développer au sein du système; c'est précisément le contraire de ce dont un marché de l'épicerie concurrentiel a besoin pour offrir des prix abordables aux consommateurs.

Les prix abordables disparaissent rarement tous à la fois. Ils s'usent petit à petit. Les prix deviennent volatiles. Le système perd sa capacité d'absorber les chocs et devient plus susceptible de pousser la pression vers l'avant de façon inégale. Les Canadiens en subissent les conséquences non seulement par les prix à payer, mais par une incertitude accrue à chaque visite à l'épicerie.

Le système canadien d'épicerie est particulièrement vulnérable à cette dynamique. La forte concentration, les marges amincies, les coûts élevés de logistique et l'échelle limitée signifient que les décisions qui semblent sensées en elles-mêmes, une fois mises ensemble, peuvent miner les prix abordables avec le temps.

Les marchés très concentrés ont aussi peine à se renouveler. Sans cheminement crédible pour l'entrée, l'expansion ou d'autres accès vers le marché, la concurrence devient statique plutôt que dynamique. Au fil du temps, la pression pour des prix à la baisse s'atténue et l'innovation qui pourrait profiter aux consommateurs s'évapore.

Le défi auquel le Canada est confronté n'est pas de juger si les prix abordables comptent. Il est clair que oui. La question consiste à savoir si la structure actuelle du système d'épicerie soutient les prix abordables à long terme, ou si elle les fait disparaître. 

La refonte de l'équilibre ne signifie pas forcer le désinvestissement ou dicter les prix. Il, s'agit plutôt de rétablir les conditions qui permettent à la concurrence de fonctionner, à l'investissement de circuler et au système d'absorber la pression plutôt que de la transmettre. Une concurrence plus efficace, de meilleures conditions de croissance et un environnement règlementaire qui soutient l'investissement à long terme ne sont pas des positions idéologiques; ce sont des mesures favorables aux consommateurs.

Les prix abordables sont plus que des chiffres sur un reçu. Ils sont le résultat d'un système conçu afin de soutenir le choix, la concurrence et la capacité domestique au fil des ans. Si les Canadiens souhaitent que leur système d'épicerie leur offre des prix abordables de façon fiable, la structure même du système doit être réalignée en fonction de cet objectif.

Cette lettre ouverte a été publiée à l'origine sur LinkedIn. 

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