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La stratégie canadienne de sécurité alimentaire traite bien les priorités. Elle doit aussi se soucier des produits transformés.

La stratégie canadienne de sécurité alimentaire traite bien les priorités. Elle doit aussi se soucier des produits transformés.

Author: Michael Graydon/12 juin 2026/Categories: Lettres ouvertes

Je crois sincèrement que la nouvelle Stratégie nationale de sécurité alimentaire représente une étape marquante. Depuis des années, les gens de l’industrie comme moi insistons pour dire que la sécurité alimentaire et la sécurité économique sont en fait une seule et même chose et que le Canada doit tirer davantage profit de sa production agricole. La stratégie le clame maintenant haut et fort et y investit véritablement. Ça mérite d’être souligné.

Dans son essence, la stratégie est bien pensée : le Canada doit tirer davantage profit de sa production agricole. Nous sommes un des plus grands producteurs agricoles sur la scène mondiale et depuis trop longtemps, nous expédions les produits bruts à l’extérieur pour ensuite les racheter sous forme de produits finis transformés ailleurs. Un nouveau fonds de transformation d’une valeur d’un milliard de dollars géré par Crédit agricole Canada, un investissement réel dans la capacité domestique de production et un objectif clair visant à offrir davantage d’aliments canadiens dans les épiceries canadiennes, voilà le genre d’engagements dont nous avons besoin en ce moment.

Je veux insister davantage sur ce point car il s’inscrit dans une conversation qui n’obtient pas toute l’attention qu’elle mérite. Quand la plupart des gens pensent aux produits alimentaires, ils songent au périmètre du supermarché : fruits et légumes, viandes, produits laitiers. Il s’agit d’une part importante de la stratégie, qui mérite qu’on s’en occupe, mais si on regarde un peu plus loin, les allées centrales sont l’endroit où la plupart des familles remplissent leur charriot de provisions. On y trouve les produits essentiels, les conserves et produits congelés, les sauces, les céréales, les collations, la boulangerie et les produits emballés de tous les jours dont tous les ménages ont besoin semaine après semaine. Ce n’est pas marginal; c’est la plus grande part des emplettes, qui représente aussi l’essentiel de la production des transformateurs d’aliments du Canada.  

Les allées centrales sont l’endroit où on retrouve une part surprenante des possibilités économiques. Prenez cet exemple que le gouvernement lui-même a soulevé : le Canada exporte plus de 700 millions de dollars de tomates fraîches chaque année et en retour, importe plus de 500 millions de dollars de produits de tomate transformés. Ces conserves, ces pots et ces sauces se retrouvent dans les allées centrales. Nous faisons pousser les tomates ici et nous importons d’ailleurs les produits à valeur ajoutée. Multipliez cette situation dans des douzaines de catégories et vous commencez à comprendre l’ampleur de l’enjeu. Chaque produit que nous transformons ici au lieu de l’importer signifie une chaine d’approvisionnement plus résiliente, un choix plus abordable en épicerie et un emploi dans une communauté canadienne.

C’est un point important, parce que la transformation d’aliments est le plus grand secteur manufacturier au pays. Il emploie plus de 350 000 Canadiens et représente le plus important client de nos agriculteurs. C’est aussi lui qui transforme notre production agricole en produits à valeur économique véritable. Donc, si vous croyez vraiment à « davantage de produits canadiens en épicerie », les allées centrales doivent faire partie du plan plutôt qu’être perçues comme faire-valoir pour les produits frais.

Que faut-il faire pour que ces investissements se réalisent ici?

Je reviens toujours aux mêmes arguments. Aucun d’eux n’est accrocheur, mais tous sont décisifs. D’abord, faire fonctionner le capital à la vitesse et à l’échelle des entreprises, pour tout le monde. Le nouveau financement annoncé est bienvenu, mais le test véritable sera de savoir si les entreprises de transformation de taille moyenne, et pas seulement les multinationales mondiales, y auront accès dans un délai permettant une décision d’investissement réelle. Certaines des plus grandes entreprises alimentaires mondiales choisissent déjà d’investir dans la production canadienne et les transformateurs canadiens investissent en douce dans leurs propres usines afin d’en augmenter eux aussi la capacité. Il s’agit d’un véritable virage qui vaut la peine qu’on s’en inspire. L’objectif consiste à créer un système où les petites et moyennes entreprises de transformation peuvent grandir en marge des géants.

En deuxième lieu, le Canada doit être traité comme un seul et unique marché. Nous croyons que le marché canadien n’en fait qu’un seul, mais pour les manufacturiers, il en représente plutôt dix. Les règles divergentes entre les provinces pour des considérations comme l’emballage et le recyclage signifient un plus grand nombre de variations de produits, davantage d’efforts de conformité et des coûts plus élevés. Ces hausses de frais fixes frappent plus fort les entreprises les moins capables de les absorber. L’élimination de ces différences constitue une des meilleures façons de rendre les prix abordables, car elle n’implique aucune nouvelle dépense.

Troisièmement, une règlementation moderne et prévisible. L’accélération des approbations, la réduction des délais d’attente et une uniformité suffisante feraient en sorte que les entreprises n’auraient pas à réviser leurs prévisions à chaque changement règlementaire. J’ajouterait une idée qu’on devrait implanter immédiatement : évaluer toute nouvelle règlementation en fonction de son impact sur le coût des aliments, tout comme on procède pour les impacts fiscaux et environnementaux. Vu que les normes canadiennes élevées en matière d’innocuité et des prix plus abordables n’entrent pas en conflit, nous ne devrions agir comme si c’était le cas.

Aucune de ces mesures ne contredit ce qui vient d’être annoncé. La stratégie est bien fondée et plus encore, elle signale que le Canada se décide finalement à traiter le secteur alimentaire à sa pleine valeur d’atout stratégique. C’est pour moi une source d’optimisme. 

Mais les fondations doivent servir d’assises. Si nous voulons que cet élan se manifeste là où ça compte vraiment, soit en étagère et à la caisse, les allées centrales de l’épicerie et les entreprises dont les produits s’y retrouvent doivent être au centre du plan.

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